Contribution des écologistes villeurbannais d’Europe Écologie Les Verts à l’enquête publique du PLU-H – juin 2018

Contribution des écologistes villeurbannais d’Europe Écologie  Les Verts à l’enquête publique du PLU-H – juin 2018

Le PLU.H est un document d’urbanisme essentiel. En effet par sa réglementation il a l’ambition de régir l’avenir de notre agglomération et sa capacité à basculer vers une transition écologique. Cette réglementation définit notamment la constructibilité des terrains sur le territoire de la métropole.

Nous déplorons en premier lieu le déficit de démocratisation du débat sur ce document. La courte durée de l’enquête publique (51 jours avec un mois de mai chargé en ponts) au regard de l’ampleur du PLU.H nous parait être un point emblématique de la difficulté de la puissance publique à mettre en débat un sujet si important. Cet ensemble complexe de documents, techniques pour certains, est trop difficile d’accès en l’état (plus d’un millier de pages) pour que les habitants puissent se l’approprier en si peu de temps. Le risque est de laisser les habitants à côté d’un débat de « spécialistes ». Pour que tout un chacun puisse s’emparer du sujet il aurait fallu plus de temps et des documents synthétiques, réellement transposés pour être compréhensibles, sans que cela nécessite un niveau de qualification qui génère exclusion et désintéressement.

La cartographie est très difficilement exploitable à cette échelle et sous ce format… Parfois les déclinaisons des orientations générales manquent d ’opérationnalité par exemple sur les Trames Verte et Bleue : peu d’actions concrètes sont mises en place pour les renforcer. Parfois des points particuliers sont en contradiction flagrante avec les orientations générales, nous le verrons, c’est le cas sur notre commune.

Nous défendons une agglomération multipolaire, où les communes périphériques ont toute leur place où tout le développement ne doit pas se concentrer sur Lyon-Villeurbanne. À l’échelle plus globale, les métropoles doivent contribuer à la solidarité territoriale nationale et ne pas absorber tout le dynamisme au détriment des campagnes, des villes petites et moyennes, des bourgs des territoires ruraux, qui doivent au contraire être revitalisés. La logique de coopération devrait prévaloir sur celle de compétition.

L’urbanisme détermine l’état de santé des habitants or l’environnement n’arrive qu’en 4e position des objectifs prioritaires, bien loin de la 1ère place accordée aux activités économiques. Selon l’OMS, un urbanisme pour la santé, c’est un urbanisme pour les habitants, « la ville est autre chose que des constructions, des rues et des espaces publics, c’est un organisme qui vit, qui respire ; son état de santé est étroitement lié à celui de ses habitants » Pour que l’urbanisme ne soit pas nuisible à la santé il faut remettre les aspirations des habitants au cœur même de l’action de l’urbanisme.

Or 70 % des contributions initiales des habitants concernent le défi environnemental (le cadre de vie, la qualité de vie, la nature en ville, les trames Verte et Bleue…) c’est dire l’importance pour eux comme pour nous de renforcer l’approche environnementale et la végétalisation de la ville, l’importance du défi écologique. Pour nous la transition écologique passe aussi par un urbanisme de qualité !

Urbaniser avec urbanité et non avec brutalité

Ce PLU.H permet d’accueillir plus de 20 000 habitants à Villeurbanne, ce qui est une hausse très importante. La ville a déjà connu entre 1999 et 2014 une augmentation de 24 000 habitants : de telles hausses posent question à la fois sur la qualité de vie, les difficultés à construire les équipements publics nécessaires (écoles, crèches, parcs publics, collèges, équipements sportifs…) et à offrir une ville écologique (corridors écologiques, maintien de biodiversité, lutte contre les ilots de chaleur …) respirable et apaisée (lutte contre la pollution de l’air et les nuisances sonores).

La densification s’exprime parfois avec une grande brutalité : des maisons construites récemment avec soin sont détruites pour construire des immeubles, aux dépens d’un gaspillage d’énergie, de matériaux, de sols végétalisés ou arborés. Parmi des centaines d’exemples, celui édifiant du projet de construction d’un immeuble certes végétalisé, à l’angle des rues Château Gaillard / Louis Fort qui de plus empiètera sur une partie du square des logements sociaux voisins.

Respecter les préconisations de l’Autorité environnementale

Cette dernière préconise de revoir à la baisse la capacité d’urbanisation. Elle préconise également la limitation de la consommation d’espaces naturels, or à Villeurbanne vu le prix du m2, chaque année des milliers de m2 d’espaces naturels (jardins, sols végétalisés ou arborés…) sont détruits (construits, goudronnés, bétonnés…) par la densification permise et même préconisée.

En matière de qualité de l’air « l’Autorité environnementale recommande, si les objectifs d’amélioration du plan Oxygène n’étaient pas atteints à court terme au travers de la mise en œuvre de ses dispositions, de revoir les objectifs d’accueil de nouvelles populations ». Et comme nous avons des raisons objectives de douter que les objectifs d’amélioration du plan Oxygène soient atteints à court terme, nous souhaitons d’ores et déjà le ralentissement de la croissance urbaine et démographique. Ainsi les zones UA (à urbanisation future) sont loin d’être toutes pertinentes, certaines doivent être laissées en zone naturelle ou en zone pavillonnaire.

Le nouveau PLU-H doit mieux intégrer les enjeux de lutte contre l’imperméabilisation des sols dans les parcelles constructibles (pour les projets privés et publics) pour favoriser l’infiltration des eaux pluviales, la végétalisation en pleine terre. Le coefficient de pleine terre proposé (selon les zones 10, 15, 30 %) devrait selon nous être augmenté de 5 ou même parfois de 10 points. Par ailleurs un contrôle systématique doit être réalisé après la construction pour vérifier le respect des règles imposées au PLU-H, notamment la part de la végétalisation et le respect du coefficient de pleine terre par les promoteurs.

Végétaliser et augmenter les espaces verts

Le végétal apporte un confort urbain d’autant plus essentiel avec le réchauffement climatique global. La végétalisation permet de changer complètement la perception de la rue, elle permet de cultiver l’image de rues, d’avenues, de cours… apaisés. Elle prend des formes variées : sur les toits, sur les murs… Elle offre une meilleure qualité de vie en ville.

Les coûts induits par cette préoccupation de nature en ville doivent être partagés et non pas assumés uniquement par le public (la municipalité) après (ou avant parfois même !) la réalisation des opérations immobilières. Il faut donc imposer aux promoteurs une plus grande végétalisation, les contraindre à respecter des normes paysagères, pour pouvoir tous profiter d’une nature plus présente et d’un meilleur partage de l’espace.

La végétalisation des parcelles privées doit contribuer à la trame verte de la ville et au paysage urbain : en ce sens, elle doit être visible depuis la rue quitte parfois à déborder sur l’espace public.

Nous demandons que les bâtiments soient construits en retrait de la rue pour permettre de végétaliser les pieds d’immeuble et ainsi augmenter le confort de tous en permettant d’élargir le regard, en permettant de gagner de l’espace public …

Le PLU.H ne donne pas assez d’outil pour lutter contre la spéculation immobilière. Surseoir aux multiples pressions pour combler les vides (souvent des terrains de friches végétales) n’est malheureusement pas un objectif des municipalités. Il est pourtant nécessaire et fondamental de garder des espaces vides pour mieux faire ressortir le patrimoine construit et garder des réserves foncières pour l’avenir. À cet égard nous regrettons le dépôt d’un permis de construire par la mairie sur l’espace vert près du périphérique (3 rue Pierre Voyant, à Cusset) pour la construction d’un « centre de maintenance des installations sportives de plein air » de 521 m2

L’instauration d’un coefficient de pleine terre est une avancée, notamment pour éviter des plantations uniquement de petite taille (posées sur des garages par exemple). Malheureusement elle s’avère parfois être un cache-misère car la consommation des sols naturels s’avère galopante.

Nous souhaitons donc que les zones Uri1a deviennent des zones Uri1b, ou Uri1c voire Uri1d avec un coefficient porté à 30, voire à 40 % et qui doit être contrôlé.

Le PLU-H ne comprend pas suffisamment de parcs publics de quartier : nous souhaitons que de nouveaux projets soient inscrits. Par exemple, à la place des zones UE1 et UE2, rue A. France, entre le rues Louis Adam et Mansard, un futur parc est à inscrire rapidement, car le projet de création d’espace vert à la place du dépôt TCL d’Alsace est très hypothétique et lointain (pas de projet de suppression de ce dépôt par le SYTRAL). Le quartier de Cyprian est particulièrement peu équipé.

Certains espaces boisés classés sont des zones constructibles, donc susceptibles d’être détruits (dans certaines conditions et avec autorisation) : nous demandons qu’ils soient strictement protégés, avec par exemple un classement en zone UL. C’est le cas de l’EBC « square du Château » (rue Château Gaillard jouxtant la résidence actuelle de personnes âgées.

Prolongeant ce parc « square du Château » et permettant une liaison piétonne entre les rues Château Gaillard et Octavie), la réserve rue Octavie pour emplacement réservé d’un espace vert prévu au PLU actuel a disparu dans le projet de PLU-H : nous demandons à ce qu’elle soit réintégrée. D’ailleurs sur cet emplacement, les garages les uns après les autres, ont déjà été achetés par la municipalité. Autre exemple, le parc Natalhie Gautier n’apparaît pas lui non plus dans un zonage UL, ni même avec des espaces boisés classés.

Le site de l’ancien centre équestre (carrière) entre la rue de l’Espoir et rue du Luizet est classé en zone AU1 : nous demandons la préservation du classement en zone naturelle. Il y a suffisamment d’autres terrains constructibles à proximité et sur le site de l’Université pour les bâtiments de recherche–développement (et autres start-up) dans le cadre de la densification prévue du campus de la Doua avec ce nouveau PLU-H .

Rue J. Jaurès, après la réalisation du parc Hugentobler, qui est une réussite, il reste un terrain en contre-bas des résidences étudiants construites à l’ouest de l’esplanade. Au lieu de bâtir encore la parcelle aujourd’hui naturelle (H22), nous demandons l’extension du parc Hugentobler : cela permettra aussi une vue sur la zone arborée privée de la rue L. Braille et maintiendra la continuité de la trame verte du quartier.

Concernant le logement, pour favoriser la construction de logements abordables, et pour réguler les prix du foncier qui s’envolent à la hausse depuis 20 ans, le PLU-H doit inclure, dans son volet habitat, une politique foncière ambitieuse par la métropole, avec par exemple la création d ‘un office foncier solidaire métropolitain.

Préserver les zones pavillonnaires

Le maintien des zones pavillonnaires est un enjeu important : le PLU–H présente ces quartiers comme étant une « partie de l’ADN urbain de Villeurbanne » ( cf cahier communal p7), et les décrit dans le document d’intérêt patrimonial.

De fait malheureusement beaucoup d’entre elles disparaissent car elles n’avaient pas cette dénomination dans le PLU actuel alors qu’elles en avaient encore les caractéristiques. Et certaines qui possédaient ce classement le perdent dans le nouveau PLU.H. C’est le cas notamment le long de la rue Jean-Baptiste Clément, la zone entre la place de Croix-Luizet et le campus de la Doua. Nous souhaitons qu’elle conserve son classement en Uri1a, voire passe en Uri1b… Nous sommes inquiets de la détérioration de ces zones pavillonnaires due à une trop faible protection actuelle (et future si leur classement n’est pas amélioré) des zones Uri1a avec un coefficient de 25 % seulement, qui permet la bétonisation des sols par la construction de garages voire de deuxième maison, même sur des petits terrains. Un argument supplémentaire pour qu’elles passent à un classement plus protecteur des sols naturels : Uri1b, Uri1c, et même Uri1d.

Développer les énergies renouvelables

En attendant l’élaboration du futur schéma directeur des énergies, nous regrettons le peu de la prise en compte de l’énergie dans le PLU-H.

Par exemple les toitures solaires (photovoltaïques ou pour l’eau chaude sanitaire) à défaut d’être obligatoires devraient être encouragées. Ce n’est malheureusement pas le cas…

Encourager les modes actifs et les transports en commun

Nous saluons l’augmentation des normes de stationnement vélo dans les immeubles neufs (places de stationnement vélos dans les nouvelles constructions article 5, p. 80 du règlement) mais regrettons celui trop faible des bureaux et de l’hôtellerie (alors que la Via Rhôna traverse Villeurbanne). Avec 8 % de part modale vélo attendue (cf PDU) pour l’agglomération, il faut vraiment changer de braquet dans les actions, amplifier les aménagements en faveur du vélo et de la limitation de la voiture mais aussi les actions d’éducation, sensibilisation, communication. Rappelons que beaucoup d’autres agglomérations françaises et européennes font déjà beaucoup mieux que 8 % !

Préserver réellement des éléments de patrimoine

Les éléments patrimoniaux sont identifiés dans le document n° 3.12.3. C’est une première étape. Il convient maintenant d’aller plus loin, et notamment de les protéger réellement afin que les plus intéressants ne puissent pas être détruits, même avec une autorisation (témoignage du passé industriel de la ville, maisons de ville…) : sur le document, les éléments sont notés « à préserver » sans que cela n’offre une vraie garantie de préservation. Par exemple, la maison 13 rue Louis Fort fait partie des éléments à préserver ; or, elle est menacée par un projet immobilier. Nous sommes par ailleurs surpris que l’usine ACI ne fasse pas l’objet d’éléments remarquables alors que les bâtiments industriels ont une identité tout à fait intéressante qui mérite d’être préservée. De même, nous remarquons que le quartier Saint jean ne comprendrait aucun élément bâti remarquable, ce qui ne nous parait insatisfaisant, car il y a des maisons et des bâtiments d’activité dont le caractère est remarquable.

Désenclaver le quartier Saint Jean

Sur Saint Jean, le territoire de projet doit permettre de garder une offre sportive importante sur le quartier (au moins un des 2 grands terrains de sport) du cœur de quartier mais aussi le caractère pavillonnaire du secteur situé entre la rue de l’Épi de blé et la rue des Jardins .

Nous défendons un projet ambitieux de reconquête des Berges du Canal (de Jonage) à l’exemple de ce qui a été réalisé pour les Berges du Rhône et de la Saône avec en particulier la création d’un vaste parc du Canal près des ponts de Croix-Luizet, il conviendrait de fixer les emplacements sur le PLU.H de cette promesse électorale.

Pour désenclaver le quartier de Saint jean, nous demandons la création d’une passerelle modes actifs entre les ponts de Croix-Luizet et Cusset au-dessus du canal et du périphérique. Un emplacement réservé pour l’implantation de cet ouvrage est nécessaire au PLU-H.

Protéger des nuisances du Boulevard L. Bonnevay

Concernant les nuisances liées au boulevard Bonnevay, nous souhaitons à terme une requalification en boulevard urbain avec des carrefours à niveau et un trafic apaisé. Dans l’attente, il convient de prévoir l’installation de murs anti-bruit sur tout l’itinéraire, avec les emplacements réservés correspondants.

En guise de conclusion

L’argument de la lutte (nécessaire) contre l’étalement urbain en périphérie ne doit pas servir de prétexte fallacieux à une densification destructrice, sacrifiant la qualité de vie en ville.

Urbaniser avec urbanité et non avec brutalité, respecter les préconisations de l’Autorité environnementale, végétaliser et augmenter les espaces verts, préserver les zones pavillonnaires, développer les énergies renouvelables, encourager les modes actifs et les transports collectifs, préserver réellement des éléments de patrimoine, désenclaver le quartier Saint Jean, protéger des nuisances du Boulevard L. Bonnevay sont pour nous des axes de nettes et possibles améliorations du PLU.H.

La transition écologique passe aussi par un urbanisme de qualité. Plus encore avec le réchauffement climatique global, renforcer l’approche environnementale et la végétalisation de la ville apparait vital pour l’avenir de notre ville. Pour le bien de tous, l’impératif est de relever le défi écologique.

 

Pour Europe Écologie Les Verts de Villeurbanne, Jean-Claude RAY, secrétaire

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